«C’est un vrai fils de paysan»

«C’est un vrai fils de paysan»

Dans la vallée valaisanne de Binn, il n’y a plus que quatre exploitations paysannes. Sans Beat et Marcella Peter, elles ne seraient plus que trois.

Beat et Marcella Peter ont rassemblé toutes leurs économies pour reprendre une de quatre exploitations restantes. L’Aide suisse à la montagne a soutenu ce couple pour les travaux d’assainissement indispensables.

Amediesli piaffe d’impatience avec ses pattes arrière. Elle se couche, se relève et se remet à piétiner. Elle devrait mettre bas aujourd’hui. «Ma mère prétend même que ce sera des jumeaux, mais je n’y crois guère», dit Beat Peter. Une mère qui devrait parler en connaissance de cause car elle a été paysanne toute sa vie dans une ferme de la région du Napf.

Beat a quant à lui rêvé depuis tout gosse de devenir paysan, mais c’est son frère aîné qui reprit la ferme parentale. Après sa scolarité, il se dirigea donc vers la construction. «Je n’ai jamais fait d’apprentissage et je le regrette énormément aujourd’hui». Non qu’il n’ait rien appris, au contraire: il a collectionné les jobs, du travail de la terre à la construction métallique en passant par le travail du bois. Avec le temps, Beat savait tout faire et son habileté était appréciée. Mais l’agriculture le tenaillait. En été, il abandonnait les chantiers pour se rendre sur l’alpage. Il trouva un emploi en Valais sur un alpage de la vallée de Binn, sur lequel il revenait chaque année. C’est là qu’il fit la connaissance de Marcella qui était originaire de Binn et qu’il épousa. Il s’engagea ensuite dans une firme de construction métallique. En 2005, Sarah, leur première fille, vint au monde, puis suivirent à un an d’intervalle Benjamin et ensuite Lukas ainsi qu’un peu plus tard, Tamara, la petite dernière. Beat renonça alors à aller à l’alpage mais sa passion pour l’agriculture le poussa néanmoins à élever une douzaine de chèvres, une activité qui ne le satisfaisait pas vraiment. C’est alors que l’un des successeurs présumés des quatre paysans de la vallée se désista. Lorsqu’il me demanda si je voulais reprendre sa ferme, ma décision a été prise de suite», se souvient Beat. Pour Marcella, les choses étaient moins évidentes. L’important pour elle était de construire une existence solide. Après quelques nuits sans sommeil, elle se déclara cependant d’accord de miser sur la carte «agriculture». Cela se passait il y a deux ans. Aujourd’hui Marcella avoue: «je ne l’ai regretté à aucun moment ! Beat est si épanoui et travaille avec tant d’enthousiasme, c’est un vrai fils de paysan.» Le travail à la ferme lui plaît à elle aussi, même si la période des foins est plutôt pénible. Avec leur bonne douzaine de vaches, les Peter produisent du lait qu’ils livrent à la fromagerie Walker à Bitsch pour en faire du fromage de montagne.

La reprise de la ferme n’a, comme bien souvent, pas été une mince affaire. Bien que le prédécesseur leur ait cédé le tout à un prix relativement avantageux, les Peter ont dû investir toutes leurs économies et contracter un emprunt à la banque. Le fait que l’ancien propriétaire n’avait pratiquement plus investi dans la ferme depuis plusieurs années rendait la situation encore plus difficile, car un assainissement de l’étable était indispensable. Les vaches avaient besoin de davantage de place et ils durent faire l’acquisition d’une station de traite ainsi que d’une grue pour le foin. Or de tels investissements, juste après l’achat de la ferme, étaient trop conséquents pour les Peter. «Nous sommes vraiment reconnaissants à l’Aide Suisse aux Montagnards pour son soutien», déclare Marcella. Désormais, tout se passe au mieux. Beat et Marcella travaillent dur et sont continuellement en train de procéder à des améliorations. Au village, tout le monde est ravi qu’il y ait toujours quatre exploitations paysannes. Quant à l’ex propriétaire, il est très heureux que son ancienne ferme soit si bien exploitée et donne même un coup de main aux Peters quand ils en ont besoin.

Amediesli a entre temps donné naissance à un veau. Ce n’était pas des jumeaux, ce qui confirme que même les mères n’ont pas toujours raison.

Paru en mars 2015

Le projet en bref

  • Famille de l'agriculteur
  • Rénovation de l'écurie
  • Binn/VS