Le «Géo Trouvetou» du Val Verzasca

Le «Géo Trouvetou» du Val Verzasca

Fabrizio Bacciarini ne fait pas que réparer les machines, il en invente et les construit aussi.

Quand, dans le Val Verzasca, une machine ou un appareil technique se détraque, Fabrizio Bacciarini est là pour intervenir. Après avoir échafaudé des plans des années durant, le Géo Trouvetou du Val Verzasca peut enfin construire son propre atelier.

«Désolé, c’est le boxon! Impossible d’avoir de l’ordre ici! Le container qui me sert d’atelier est bien trop petit. Quand je veux utiliser une machine, il faut d’abord que je charrie tout le matériel que j’ai vers un autre coin de l’atelier. Et le déplacer à nouveau au prochain boulot. Incroyable, le temps que cela me fait perdre! Mamma mia!… Je n’ai pas trouvé suffisamment de place ici pour une scie et une machine à plier la tôle. J’ai dû les entreposer dans une étable, deux villages plus haut dans la vallée. Le paysan me prête le local et utilise mes outils encontrepartie. En fait, c’est un bon deal! Mais là aussi l’espace est trop limité et bien sûr il n’est pas chauffé et on sent l’étable quand on y est pour une demi-heure. C’est pourquoi il y a longtemps que je rêve de construire un véritable atelier ici à Brione, sur le pré, à côté du container qui me sert aujourd’hui d’atelier. Avec suffisamment de place pour y travailler, un local où je puisse recevoir les clients, un bureau et au-dessus un appartement pour ma famille. En 2012, j’ai pu acheter le terrain et depuis je fais des plans. Et des calculs. Le financement s’avérait quasiment impossible. Les banques ont des règles bien plus strictes pour les immeubles affectés à une utilisation artisanale que pour les hypothèques pour les maisons d’habitation. Nos économies étaient insuffisantes, même si à maintes reprises nous avons révisé nos plans à la baisse. C’est alors que j’ai eu l’idée de m’adresser à l’Aide Suisse aux Montagnards. A l’époque, je ne savais pas que la fondation soutenait aussi des projets en dehors de l’agriculture. Mais je pensais que mon travail aiderait aussi les paysans de montagne de la vallée et donc que mon projet présentait aussi un intérêt pour le monde agricole. J’ai ensuite compris que l’Aide Suisse aux Montagnards soutient les projets qui maintiennent des emplois ou en créent.

Un renoncement judicieux

Je contribue moi aussi à aider les montagnards. J’ai une bonne formation et je travaille à côté comme examinateur et formateur. Quand j’étais en plaine, je bossais nettement moins et gagnais davantage. Mais je tenais à m’établir en tant qu’indépendant ici en montagne, dans le villagenatal de ma mère. Et je ne l’ai pas regretté une seconde. C’était en 2003. J’ai débuté dans le garage d’un oncle. Et j’ai compris très vite qu’un bon mécanicien serait le bienvenu ici. Un exemple: si un paysan de Sonogno a son transporteur qui tombe en panne, le mécanicien sur machines agricoles de la vallée n’arrivera pas forcément à monter. Il enverra alors un camion pourchercher le transporteur et l’amener à son atelier. Une fois les réparations terminées, il devra ensuite ramener le transporteur en montagne. Une perte de temps! Moi j’effectue, dans la mesure du possible, les réparations sur place. Et si cela ne va vraiment pas, mon atelier n’est qu’à midistance. Je répare aussi des machines à traire, des souffleries pour le foin ainsi que les petits appareils pour les clôtures pour le bétail. C’est cette diversité que j’apprécie dans mon boulot. Chaque jour est différent. Et le top, c’est quand je peux construire quelque chose moi-même. Entre-temps, bon nombre de mes machines sont quelque part dans le Val Verzasca. J’ai inventé, pour une étable à chèvres des environs, un convoyeur à fourrage. Le paysan a désormais besoin de moins de place pour nourrir ses chèvres et peut, tout en respectant les nouvelles prescriptions sur la protection des animaux, qui préconisent davantage d’espace par animal, élever autant de bêtes qu’avant. Une autre machine que j’ai créée est un auxiliaire pour l’emballage du fromage. Bien qu’en service depuis10 ans déjà, elle n’a encore jamais présen- té de problème et j’en suis fier. J’ai même aussi construit un pont pour les piétons. De telles réalisations prennent du temps et j’en ai toujours moins, bien que Simona, mon épouse, s’occupe de toute la partie administrative. Il y a vraiment trop à faire. J’aurais volontiers engagé un collaborateur il y a des années déjà, mais je ne disposais pas de suffisamment de place. J’ai donc dû refuser souvent des commandes. Avec le nouvel atelier, tout ira mieux. Je l’ai conçu pour qu’il puisse accueillir jusqu’à quatre employés. Mais ce sont des plans à long terme. Pour l’an prochain, ce que je veux absolument, c’est proposer une place d’apprenti car les places de formation sont rares dans la vallée. Ce sera une fierté pour moi de pouvoir offrir à un jeune la chance d’apprendre un métier sans devoir devenir un pendulaire.»

Paru en septembre 2018

Le projet en bref

  • L'artisan
  • Construction de l'atelier
  • Brione/TI