Une famille particulière

Une famille particulière

Sur le Balmeggberg, une communauté pourvoit elle-même à ses besoins. Les membres de cette communauté donnent également des cours qui contribuent à améliorer leurs revenus.

Tout a commencé en 2005. Simone et Toni Küchler vivaient alors en ville. Simone travaillait comme jardinière d’enfants et Toni, qui est diplômé en Sciences de l’environnement, dirigeait son propre bureau conseil. Pendant ses études, il s’était passionné pour la permaculture et les aménagements écologiques. Sous nos latitudes, nous ne disposons pas encore de beaucoup d’expérience en la matière, mais Toni avait très envie de mettre en pratique les théories qu’il avait étudiées. «A l’époque, nous ne savions pas ce que serait notre vie, mais nous voulions nous diriger vers l’autosuffisance en vivant et en travaillant en communauté», déclare Toni. C’est alors que l’un de ses amis découvrit dans le journal qu’une ferme était en vente dans l’Emmental. Quelques mois plus tard, les Küchler devenaient les propriétaires du Balmeggberg. Entre-temps, le cercle s’est agrandi. Toni et Simone ont eu deux enfants: Silvan (7) et Ronia (5). L’an dernier, Sandra Lanz et Alexander Bätscher ainsi que Matéo (8) et Micha (5) les ont rejoints. Janine Laube et Marco Büttner sont, quant à eux, membres de la communauté depuis quatre ans déjà. De telles communautés de vie ne sont d’ailleurs pas vraiment nouvelles dans l’Emmental. Toni explique: «Il y a cent ans, des familles nombreuses vivaient ici d’une façon très similaire.»

Des yourtes pour les workshop et les séminaires

Les habitants de Balmeggberg ont réalisé en commun beaucoup de choses: ils ont planté un grand jardin, ont agrandi le verger, cultivent des champignons et ont construit des poulaillers, des clapiers à lapins, des abris, ainsi qu’un grand four en argile. Sur un versant pentu, ils ont aussi aménagé trois plateformes en bois, sur lesquelles ils installent des yourtes en été, dans lesquelles sont organisés des cours et des séminaires, parfois avec le concours d’amis enseignants. Du yoga aux congrès, en passant par la culture des herbes médicinales, ces cours s’avèrent lucratifs. «Ces dernières années, les manifestations dans les yourtes nous ont permis de couvrir la moitié de nos frais», déclare Toni. «Notre objectif est de pouvoir vivre avec ce que nous apporte le Balmeggberg, mais nous sommes réalistes et bien conscients que nous ne pourrons nous passer de nos divers jobs d’appoint, qui nous apportent d’ailleurs de belles occasions de relations avec le monde extérieur.» Simone travaille comme curatrice dans une école de jour, Alexander dans une unité d’accueil de nuit, et Toni a déménagé son bureau à Trubschachen et collabore au développement de projets novateurs en matière d’énergie renouvelable et d’exploitation du bois.

Le projet en bref

  • Communauté autosuffisante
  • Salle pour des cours
  • Trub/BE

​Des cours même en hiver

Petit à petit, les habitants de Balmeggberg sont passés du rêve à la réalité. Ils consacrèrent, l’an passé, d’innombrables heures de travail à l’aménagement des structures de leur exploitation. Là où il y avait auparavant une étable et un grenier à foin, des logements ont été construits, ainsi qu’un atelier et surtout une grande salle commune, qui peut être utilisée pour les cours. «Cette salle est primordiale pour nous, car elle nous permet d’y organiser nos cours et séminaires, qui constituent une bonne partie de nos revenus», explique Toni. «Nous nous rapprochons donc de notre objectif de pouvoir vivre pleinement du Balmeggberg.»

Les économies de la communauté ne suffisaient cependant pas pour couvrir un projet aussi ambitieux. En sollicitant leurs proches, les membres récoltèrent bien quelques sous, mais qui, selon Toni, n’étaient pas d’un grand secours, car ces prêts auraient dû être remboursés rapidement, ce qui aurait freiné l’avancement du projet. La contribution de l’Aide Suisse aux Montagnards leur enleva donc une épine du pied.

Pour les travaux, les membres de la communauté ont utilisé essentiellement du bois de leur propre forêt ainsi que des tuiles réalisées à partir de l’argile à disposition. Marco, responsable de la construction, a travaillé toute l’année sur le chantier de la ferme. Il a effectué de nombreux travaux avec des auxiliaires bénévoles recrutés parmi les amis des habitants, et en faisant parfois appel à des menuisiers et des charpentiers locaux. Des travaux grâce auxquels il s’est senti plus fortement ancré dans ce milieu. «Je peux désormais garder la main levée quand je traverse le village», s’exclame-t-il en riant. De tels projets, ainsi que le travail de Toni dans la vallée, les quatre enfants qui vont au jardin d’enfants ou à l’école et jouent au village, ont contribué à resserrer les liens entre la communauté et la population villageoise. Depuis le début d’ailleurs, ils se sont bien entendus avec les voisins. «Au bistrot, il y en a toujours qui continuent à secouer la tête quand ils évoquent ces gens de plaine aux idées bizarres», dit Sandra. Mais les villageois sont majoritairement contents que la ferme soit à nouveau habitée après avoir été si longtemps abandonnée. Le scepticisme du début a donc fait place au respect. Quelques paysans se sont même mis à faire des essais avec la permaculture. La culture des champignons au Balmeggberg s’avère si gratifiante que tout autour on s’en inspire. Toni Küchler et ses amis le prennent comme un compliment et aussi comme la confirmation qu’ils sont sur la bonne voie.

Texte: Max Hugelshofer

Photos: Yannick Andrea

Paru en novembre 2011