Un trio de passionnés de menuiserie

Un trio de passionnés de menuiserie

Stefan Treep adore son métier de menuisier. Il adore surtout le pratiquer à Nufenen.

La menuiserie passionne le petit Elia, 4 ans. Il connaît l’endroit où l’on scie les troncs et sait à quoi sert la sciure. Il prend les visiteurs par la main avec determination et leur fait visiter son domaine. Il accompagne pratiquement chaque jour son père à l’atelier. Ce dernier est ravi de l’enthousiasme de son fiston, qui lui rappelled sa propre enfance.

«J’étais exactement comme Elia quand, petit garçon, je passais tout mon temps dans la menuiserie que mon père exploitait avec son frère. Je voulais être menuisier plus tard. Et cette décision, je ne l’ai jamais regrettée. Aujourd’hui encore, je ne pourrais imaginer de meilleure profession pour moi. Par ailleurs, j’ai toujours rêvé de reprendre l’atelier un jour. Et cela s’est réalisé il y a six ans. Mon père et mon oncle avaient attaint l’âge de la retraite et songeaient à passer la main. Après mon apprentissage à Samedan et dix ans de travail dans une menuiserie près de Coire, je me sentais prêt à reprendre le flambeau. J’étais aussi tout à fait disposé à revenir à Nufenen. C’est ici, sur le versant nord du San Bernardino, que je me sens chez moi. Lorsque j’ai rencontré Sabina, ma femme, je lui ai déclaré tout de go: «mon avenir est à Nufenen et si cela devient sérieux entre nous, il faudra que tu l’acceptes.» Par bonheur, elle a été d’accord et aujourd’hui, elle fait partie de Nufenen tout comme moi. Elle se plaît mieux ici qu’à Thusis d’où elle est originaire et fait même partie des productrices de spécialités locales. Ses meringues ont du succès à la fromagerie de Splügen. Et c’est une contribution importante au budget du ménage. Mais, plus intéressant encore: elle ne peut vendre que les meringues parfaitement formées, et avec le reste qui est tout aussi bon, je me régale.

Investissements lors de la reprise Lorsque j’ai repris l’atelier, de nombreux investissements étaient nécessaires. Il a fallu remplacer le vieux chauffage combine mazout et bois. Aujourd’hui, je chauffe essentiellement avec du bois de récupération. Et cela ne manque pas dans une menuiserie qui possède sa propre scierie. J’ai aussi dû acheter un nouveau bus commercial. Les machines sont vieilles mais encore tout à fait opérationnelles. Seule la grue me causait des soucis. Elle avait plus d’un demi-siècle et menaçait de rendre l’âme à tout bout de champ. Elle est pourtant indispensable. J’en ai besoin pour déplacer les troncs et pour charger les planches et les poutres. Mais, après tous les autres investissements, je ne disposais pas de l’argent nécessaire. Lorsque l’Aide Suisse aux Montagnards m’a promis son soutien, cela m’a ôté un grand poids. Et lorsque la nouvelle grue – une occasion, qui avait servi sur divers chantiers – a été livrée, cela a été un moment merveilleux. Je trouve super que l’Aide Suisse aux Montagnards soutienne aussi les artisans, car pour l’avenir des villages isolés, comme l’est Nufenen, il est important de ne pas devoir compter uniquement sur l’agriculture. Mon atelier n’est pas vraiment une mine d’or, mais comme ici en montagne les gens soutiennent l’artisanat local, j’ai assez à faire. En hiver, je fais des travaux de menuiserie: du lambrissage, des poses de sols et parfois aussi un banc d’angle ou une table. L’hiver dernier, on m’a passé une commande de rêve: j’ai pu realiser une chambre complète en bois d’arolle. C’était vraiment un boulot génial.

En été, on scie le bois La scierie joue un rôle prédominant en été. Bien qu’il ait déjà 77 ans, mon père me donne encore un sérieux coup de main. Par bonheur, il est encore en pleine forme. Nous traitons exclusivement des troncs des forêts environnantes. Cela représente environ 150 mètres cubes par année. La grue a simplifié considérablement notre travail, car elle a une plus grande portée et peut soulever davantage de poids. Deux tonnes! Là, même le plus gros tronc ne lui résiste pas. Quand nous scions le bois, Elia veut toujours être de la partie. Il peut alors rester des heures sans bouger à nous regarder, assis sur une chaise. C’est d’autant plus étonnant que, quand il est à l’atelier, il tournicote en permanence. On verra si ma passion pour mon travail se transmettra aussi à notre cadet. Enya a presque un an. Peut-être aurais-je donc bientôt l’aide de deux petits «pros» pour ramasser la sciure.


http://www.treppholz.ch/

Paru en juin 2015

Le projet en bref

  • Menuiserie de scierie
  • Nouvelle grue
  • Nufenen/GR