«Oyez, oyez, braves gens….»

Jusque dans les années 1950, il existait un métier particulier dans les régions montagneuses de Suisse: celui de crieur public. Ces hommes allaient de village en village pour transmettre des nouvelles importantes en les proclamant à haute voix. Dans le Val-de-Travers, Bibi Blanc est entré dans l’histoire grâce à ses interprétations originales des nouvelles.

Le crieur public au Val-de-Travers appartient aujourd'hui à l'histoire. Autrefois, il parcourait les villages du vallon, comme à Môtiers, pour annoncer les nouvelles importantes : fermetures de routes, arrivages chez les épiciers ou levées du ban des vendanges. Cette figure locale a disparu dans les années 1950. L'histoire locale des archives neuchâteloises met en lumière une figure emblématique et particulièrement pittoresque du Val-de-Travers au XIXe siècle: Louis Constant Létondal, surnommé «Bibi Blanc» ou «Blanc». Son profil historique illustre parfaitement la réalité humaine et les défis de cette ancienne profession dans la région.

Contresens et bévues

Né le 26 décembre 1820 au Grand Bayard, l'un des villages formant aujourd'hui la commune unifiée de Val-de-Travers, Louis Constant Létondal a exercé la double fonction de faiseur de paniers et de crieur public jusqu'à sa mort en 1873. Il ne savait pratiquement pas lire. Pour assurer ses criées officielles, il devait apprendre les textes de lois, les ordonnances ou les avis de la commune entièrement par cœur. Ne maîtrisant pas la lecture, il lui arrivait fréquemment d'arranger les textes officiels à sa propre sauce, commettant de savoureux contresens et des bévues qui amusaient beaucoup la population du village. Lorsqu'un texte s'avérait trop long ou complexe pour sa mémoire, il se faisait accompagner par un tiers qui officiait comme son «lecteur» personnel.

Un tambour de ville ou crieur public de france

Le développement de la presse locale imprimée au XIXe siècle, puis l'essor de la radio, ont progressivement rendu ce rôle obsolète. Dans les cantons romands, la fonction a subsisté de manière très localisée dans certains villages reculés ou d'importance historique – comme à Sion avec sa célèbre figure locale Ferdinand, ou dans le Val-de-Travers jusqu'au milieu du XXe siècle, époque où les derniers crieurs de campagne ont définitivement déposé leur tambour. Aujourd'hui, cette tradition est préservée uniquement pour le folklore, à l'image du célèbre Guet de la cathédrale de Lausanne.

Texte: Alexandra Rozkosny

Paru en septembre 2026
Il n'existe aucune photo de Bibi Blanc, mais il a sans doute voyagé un peu comme cet homme à Auberive, en France.