«Ce projet n’est réalisable que main dans la main»

Daniel et Karin Ritler ont perdu leur ferme lors de l’éboulement de Blatten. Confrontés à cette perte, ils ont vu l’opportunité de prendre un nouveau départ – en tant qu’hôteliers. Avant que leur petite auberge «Zeitlos» ne puisse ouvrir, ils sont fortement sollicités en tant que chefs de chantier et architectes. Daniel raconte.

«Nous sommes à présent à la mi-août, après cinq mois de travaux. Sept des dix chambres sont presque terminées. Les murs sont érigés et les sols ont déjà été posés dans trois chambres. Nous sortons d’une réunion consacrée au système de verrouillage. Les chambres seront accessibles via code numérique, sans carte ni clé. Cela fait partie de notre concept: nous ne sommes plus tout jeunes et recherchons des solutions intelligentes qui nous facilitent la tâche et nous laissent plus de temps pour nos hôtes. Nous n’ouvrirons pas non plus de restaurant conventionnel, même si Karin, en tant que cuisinière de formation, serait parfaitement qualifiée. Cela demanderait trop d’énergie. À la place, nous souhaitons proposer des tavolatas ou préparer le repas du soir sur réservation.

Das Projekt in Kürze

  • Hôtel
  • Rénovation complète
  • Ferden/VS

Perte de la ferme et d’une grande partie des terres

Lors de l’éboulement, les bâtiments de notre ferme ont été entièrement anéantis. Il ne nous reste qu’un petit bout de pâturage. Nous élevons des moutons, trois ânes et un alpaga. Les animaux eux-mêmes étaient indemnes. C’est en songeant à notre avenir après l’éboulement que l’idée de cet hôtel nous est venue. Notre comptable nous a avertis sans ambages: ‹Vous savez bien quel âge vous avez?› Nous avons ri, car à 58 ans, respectivement 57 ans pour Karin, nous aurions tout simplement pu prendre une retraite anticipée. Ce n’était pas une option pour nous. Cependant, nous sommes à un âge où un tel nouveau départ exige une bonne dose de courage. En même temps, nous sommes persuadés que la vallée a besoin de cet hôtel, d’autant plus que trois hôtels ont été ensevelis. Mais nous sommes conscients que nous continuerons de travailler au-delà de l’âge ordinaire de la retraite.

La solidarité constitue une source d’énergie

L’hôtel de Ferden était déjà fermé avant l’éboulement. Le bâtiment était ancien et le propriétaire n’avait plus l’énergie nécessaire pour l’assainir. Nous avons décidé de l’acquérir peu après l’éboulement, bien avant d’avoir établi un business plan. Pour nous, comme pour le planificateur, cela constituait un défi de taille. Nous travaillons de façon intuitive, alors qu’un concepteur de business plan se fonde sur les faits et les objectifs. Il nous a fallu deux mois pour finaliser le plan. Au-delà de nous inspirer du respect, nous avons également acquis la certitude que les objectifs étaient réalisables. Ce qui continue de nous donner de l’énergie, c’est la solidarité dont nous avons pu bénéficier depuis l’éboulement. Des messages, des e-mails, des lettres, voire des invitations nous sont parvenus de toute l’Europe. C’était impressionnant. Nous sommes également très reconnaissants de la confiance et du soutien que nous accordent les donatrices et donateurs de l’Aide suisse à la montagne.

Pas de plans de construction fixes

Nous n’avons pas d’architecte et nous chargeons nous-mêmes de la conduite des travaux. De quoi effectuer des économies, d’une part, mais surtout de mener les travaux de rénovation à notre gré. Karin et moi-même sommes tous deux convaincus que le lieu doit naître et évoluer. Nous ne disposons pas de plans fixes, ni les revêtements de sol ni les couleurs n’étaient définis au départ. Tout prend forme une pièce après l’autre. Chacune aura un thème différent, des couleurs variées, voire d’autres revêtements de sol. Karin a un certain flair pour cela et prend beaucoup de décisions. Moi, je me charge de l’administration, de la gestion du chantier et du financement. Une chose est sûre: ce projet n’est réalisable que main dans la main.

Auparavant, j’étais employé à environ 50% comme ferblantier, je travaillais également comme moniteur de ski en hiver et nous détenions un élevage ovin. En 1999, j’ai pu louer une deuxième étable et agrandir le troupeau. Dans l’intervalle, j’en ai beaucoup appris sur la vente directe. Vers 2005, j’ai rencontré Karin, qui est cuisinière de formation. Elle a apporté bon nombre d’idées du monde de la restauration. Pendant un certain temps, nous avons régulièrement accueilli dans les huit convives à la ferme, sur réservation. À partir de 2017, nous avons également introduit les nuitées et, depuis 2019, nous tenons le kiosque avec service à l’arrêt de Goppenstein, à proximité du terminal de ferroutage. Tout cela nous a permis d’acquérir de l’expérience avec les hôtes et de faire de nombreuses rencontres. De ce fait, l’idée de nous éloigner de l’agriculture pour nous lancer dans une nouvelle aventure liée au tourisme n’est pas si antinomique avec notre vie d’avant.»

Texte: Alexandra Rozkosny
Imates: Max Hugelshofer et archives hôtel "Zeitlos"

Paru en août 2026

Le soutien

Pour donner vie à ce nouvel hôtel, les Ritler investissent l’intégralité de leur capital de départ – de même que d’innombrables heures de travail. Mais cela ne suffit pas tout à fait. Voilà pourquoi l’Aide suisse à la montagne apporte son soutien à ce projet de rénovation.
L’Aide suisse à la montagne apporte un soutien financier lorsque l’argent ne suffit pas pour réaliser un projet porteur d’avenir.