Puis, il a rencontré sa future épouse, une anthropologue neuchâteloise, et l’a suivie en Suisse, sur les rives du lac de Neuchâtel. Étant donné que la publicité le lassait, il a profité de ce changement d’horizon pour se consacrer entièrement à la photographie animalière. S’il a jeté son dévolu sur le lynx, c’est pour des raisons similaires à celles qui ont motivé son ouvrage sur les animaux urbains. «À l’époque, il n’existait pratiquement aucune photo de lynx vivant à l’état sauvage en Suisse», explique-t-il. Pour une simple et bonne raison: le lynx est un animal que le commun des mortels n’a jamais l’occasion d’apercevoir. Par conséquent, le projet de Laurent s’annonçait particulièrement ambitieux. Dans un premier temps, il travaillait exclusivement avec des pièges photographiques qu’il dissimulait dans des endroits particulièrement inaccessibles. Cela a donné naissance à un premier livre illustré – tout en suscitant l’envie d’aller plus loin. Aujourd’hui âgé de 54 ans, il a commencé à se cacher pendant des heures, voire des journées entières, dans le but d’observer et de photographier le lynx. À un certain moment, il a ajouté l’image mobile à son registre. Pendant quatre ans, Laurent a ainsi réuni du matériel vidéo pour son long métrage. En vivant, accessoirement, des expériences inoubliables. Une fois, un lynx l’a laissé s’approcher tout près de lui et a même fini par faire une petite sieste en présence du cinéaste. Une autre fois, une famille de sangliers lui a glacé le sang, car son camouflage était si réaliste que les animaux ne l’ont repéré qu’au tout dernier moment.